Dix ans de prévention routière «en live» auprès des jeunes

Lancée en 2008 à Bernex par un TSHM et une agente de la police municipale, la journée «Sauver une vie» a déjà été suivie par 225 jeunes.  L’action réduit les comportements à risque en immergeant filles et garçons dans la réalité d’un accident .

Repérer des jeunes qui prennent de graves risques sur la route et les amener à réfléchir sur leur conduite à travers une journée de mise en situation. Tel est l’objectif de «Sauver une vie», opération de prévention routière mise en place en 2008 à l’initiative d’un travailleur social hors murs (TSHM), et d’une policière municipale de Bernex, avec l’appui de Sébastien Pache, ancien chef de poste.

Suivi depuis par 225 jeunes issus d’une quinzaine de communes, ce programme est né d’un accident. Une nuit d’octobre 2007, entre Plan-les-Ouates et Perly, trois jeunes âgés de 16 à 21 ans périssent dans leur voiture. Le conducteur n’avait pas de permis.
A Bernex, siège de l’équipe des TSHM du Bus unité prévention parcs (BUPP), les professionnel-le-s constatent que les jeunes de la région sont très affectés par ces décès, mais qu’ils ne modifient pas leur comportement au volant. «Il y avait chez nous un sentiment d’impuissance», raconte Thomas Bertrand, cofondateur de cette journée avec sa collègue Sabina Ritter, aujourd’hui cheffe de poste à Bernex.

Créer un déclic dans la tête des jeunes

Avec l’appui de la commune et de la Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle (FASe), ces deux acteurs prennent langue avec la fondation Road Cross, le Service cantonal des véhicules, la police, les HUG, le Service d’incendie et de secours et le TCS, qui se montrent enthousiastes. La journée de sensibilisation cible des personnes jugées particulièrement à risques. «Nous invitons des groupes, pas des personne en particulier, quitte à avoir 10 jeunes sans problèmes et un seul véritablement en danger, car ce sont ces derniers qui sont les plus durs à convaincre», résume Thomas Bertrand.

Témoignages de victimes (reprendre la lecture)

Financée par les communes avec le produit d’amendes d’ordre, «Sauver une vie» réunit chaque fois une vingtaine de jeunes âgés entre 16 et 25 ans. Dès 8 heures du matin, la Fondation Road Cross et le service cantonal des véhicules abordent des situations réelles en évoquant les conséquences judiciaires, familiales et personnelles d’un accident de la route. Des témoignages de victimes viennent renforcer les explications. La Brigade du secours routier présente ensuite une vidéo retraçant les derniers accidents de la route survenus à Genève. Direction ensuite les HUG, où sont soignés les grands traumatisés de la route. Les jeunes y découvrent également un film.

Un exercice de désincarcération qui peut devenir stressant

L’après-midi, le groupe est invité à participer à un exercice de désincarcération avec le SIS, qui mobilise une dizaine de pompiers. C’est un choc frontal entre un scooter et une voiture. Equipés comme des pompiers, les jeunes doivent venir en aide à deux victimes qui se trouvent dans le véhicule. «Ils se prennent vraiment au jeu et commencent à stresser», commente l’agente municipale Sabina Ritter. A Meyrin, sur une piste d’essai, des spécialistes du TCS montrent qu’en zone 40 km/h, un dépassement de quelques kilomètres heures va entrainer une collision avec un mannequin posé sur la route.

Thomas Bertrand, qui rappelle que cette journée n’est qu’un moment dans un continuum d’actions de sensibilisation, indique que depuis 2008, aucun accident grave n’a touché un participant à ce cours. A sa connaissance, il n’y aurait eu que 1 à 2 retraits de permis sur cette cohorte.

Les jeunes passent le message auprès de leurs amis

Coordinatrice de région à la FASe, Alexandra Pittet a recueilli des témoignages de participant-e-s qui montrent une évolution positive des comportements routiers. «Le suivi des jeunes (en lien avec les agents de la police municipale)  rend possible un repérage efficient et permet de traiter les problématiques individuelles qu’ils traversent, évitant ainsi les conduites de type ordaliques (quête de sens, au risque de mourir: ndlr)», explique-t-elle.

Les participants, qui reçoivent une attestation signée des magistrats communaux, peuvent aussi devenir des vecteurs de la prévention en agissant auprès de leurs pairs. Il est arrivé que certains, ayant connu un accident, demandent spontanément à suivre la journée. «Le plus important, c’est d’essayer de faire en sorte que le jeune intègre la question du déplacement dans son plan de soirée et qu’il laisse sa voiture de côté au bénéfice d’un bus, voire d’un VTC (véhicule de tourisme avec chauffeur), système prisé des jeunes», indique Thomas Bertrand, qui rêve de mettre cette expérience à disposition de tous.

Le 14  mars,  «Sauver une vie» célébrera ses 10 ans d’existence à Bernex. Toutes les communes de Genève sont conviées à cet évènement.