ouvert aux habitant·es, sans oublier l’essentiel, soit une gouvernance partagée et une gestion citoyenne des lieux. Les Lieux infinis se définissent non par les usages qu’ils accueillent mais par les relations de confiance tissées sur le temps long et la gouvernance partagée entre les acteurs impliqués. Insistant sur le fait que tout exercice de définition de ces types de lieu efface la spécificité de chacun d’entre eux, Céline de Mil a souligné leur caractère progressif, collaboratif et non définitif. Le Lieu infini a été vanté pour ses mérites démocratiques et ses capacités à générer des formes de collaborations transversales, mais aussi pour son ouverture à la délégation, à l’économie contributive et à l’accueil libre, soit autant de dimensions faisant du Lieu infini un espace intégratif. CASA DO POVO, UNE INSTITUTION MINIMALE Benjamin Seroussi est curateur et responsable de Casa do Povo à Sao Paulo au Brésil, présenté comme un espace de rencontre de tous les peuples en errance. Sa réflexion a été traversée par un sentiment de déception à l’égard de ce que sont devenus les musées : des lieux de consommation, des lieux touristiques, prévisibles, des lieux dits «domestiqués ». Comment alors construire un lieu indomesticable ? Comment radicaliser notre imagination ? À Casa do Povo, la clé circule entre les mains de l’équipe artistique comme entre celles des usager·ères. L’institution affirme ne pas être un lieu réservé aux initié·es, un lieu clos sur lui-même mais, au contraire, un lieu ouvert à tout le monde et pour tout le monde. L’équipe ne possède pas de bureau fixe mais travaille là où il lui est possible de s’installer, effaçant la frontière entre le/la professionnel·le et l’amatrice ou le visiteur. Les frontières sont systématiquement perturbées et volontairement perturbantes. La programmation est dite «non programmatique». Elle suppose plus qu’elle n’impose. La structure ne fonctionne pas : elle agit et elle est agie. Elle vit en accueillant des groupes d’activistes, des groupes locaux et des groupes de travailleurs et travailleuses dans le domaine de l’art, du journalisme, de la psychologie… Afin de susciter l’intérêt, il s’agit aussi de partir des besoins des publics et non pas seulement des désirs de l’équipe artistique. Il importe également de réfléchir aux manières dont le lieu crée son/sa futur·e utilisateur·trice. L’intervenant conclut en s’interrogeant sur la possibilité de fabriquer du commun alors que nos sociétés contemporaines ne cessent de contraindre à l’isolement. Cela rend, à ses yeux, la mission des lieux culturels de demain foncièrement politique. QUESTIONS OUVERTES En conclusion, Simon Gaberell, professeur à la HETS, a souligné avoir découvert des architectes participant à des formes d’accompagnement social, des travailleurs et travailleuses sociales intéressé·es par la question de l’aménagement urbain et des artistes qui entrent en lien avec de nombreux corps de métiers. Cela témoigne d’un souci partagé du décloisonnement. Les postures, pourtant, sont très différentes. Les manières de faire varient et les procédures répondent à la spécificité des projets. Il existe partout une certaine tension entre le principe de planification et celui de la construction processuelle. Les Lieux infinis interrogent sur l’accompagnement et la possibilité de laisser des lieux se construire, non en vue d’une finalité, mais dans un intérêt partagé. Cela questionne le rapport à la norme, à la marge, au décentrement et à l’écart. Les Lieux infinis semblent continuellement à la croisée des chemins : ils sont autant confrontés au risque de l’institutionnalisation qu’à celui de la marginalisation. Comment obtenir, alors, un soutien politique sans que ce soutien n’affecte les possibilités d’émergence des Lieux infinis ? Comment être autonome sans être précaire? Comment intéresser les populations présentes et les accompagner vers une forme d’émancipation ? Ces questions ouvertes seront reprises en 2023 dans une seconde édition autour des Lieux infinis. La synthèse détaillée ainsi que toutes les interventions de la journée du 17 septembre Lieux infinis : faire commun, faire quartier sont à retrouver en podcasts et vidéos sur le site de la FASe. RAPPORT ANNUEL 2022, ANALYSE 29
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