La police et les travailleurs sociaux ont appris à relier leur action

La Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle et la police cantonale disposent depuis 10 ans d’un protocole de collaboration. L’objectif est le bien-être du jeune

«Il y a 25 ans, il existait encore une énorme méfiance entre policiers et travailleurs sociaux. Ce n’était pas positif pour les jeunes.». Parole de flic ! C’est Benoît Darbellay, numéro 2 de la Brigade des mineurs (BMin) à Genève, qui le dit. Il participait le 9 février à une formation interne organisée par La Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle (FASe) autour de ce thème en compagnie de son supérieur, Pierre-Alain Dard. «Désormais, les moustachus parlent aux barbus», a plaisanté le secrétaire général de la FASe, Yann Boggio, qui a rappelé que le but d’une collaboration entre ces deux métiers «est la création d’un maillage pour le bien de l’enfant et de la jeunesse.»

La bienveillance et la fermeté

Depuis 10 ans, la police cantonale genevoise et les animateurs et animatrices
socioculturel-le-s disposent d’un protocole, calqué sur le protocole créé pour les écoles. «C’est le plus avancé et le plus complet en Suisse», se réjouit Yann Boggio. Un groupe de suivi FASe/Police, qui inclut aussi la Fédération des centres de loisirs et de rencontres, se réunit régulièrement. Des signalements sur des situations à risques y sont échangés, notamment en cas de suspicion de maltraitance. La BMin peut aussi recevoir des informations de la FASe, par exemple si des travailleurs sociaux estiment que la police serait intervenue de façon jugée inopportune auprès d’un groupe de jeunes.

Le protocole règle les conditions d’intervention de la police dans les centres et délimite les prérogatives des travailleurs sociaux. Il précise notamment la façon dont doit se dérouler l’audition de mineurs ou la levée du secret de fonction pour un animateur ou une animatrice. «Les jeunes sont sensibles à la cohérence de nos actions», souligne Pierre-Alain Dard. Qui fait quoi dans cette équation ? «Nous nous préoccupons des jeunes avec fermeté et bienveillance, comme les travailleurs sociaux, mais pas dans  le même ordre», a résumé le patron de la BMin devant une salle de 130 collaborateurs et collaboratrices de la FASe. Des employé-e-s du Service de la jeunesse de la Ville de Genève et de services communaux avaient aussi fait le déplacement.

Dire stop à une situation grâce à la police

Parfois, il est nécessaire que la police intervienne pour stopper un processus délétère. «Des jeunes de la région de la Champagne en étaient à 14 joints par jour. L’intervention de la Brigade des mineurs a permis de simplement rappeler que c’est illégal et de travailler avec eux sur les conséquences de cette consommation sur leur santé», a raconté dans un atelier Humberto Lopes, un ancien TSHM de la FASe.

Dans d’autres cas, des contrôles trop fréquents de la police peuvent avoir un effet contre-productif et  «éparpiller les jeunes alors qu’une action de prévention coordonnée est en cours», a indiqué Sébastien Pache, responsable de la police municipale de Chêne-Bougeries. Cet ancien ilotier de la police cantonale présente avec Humberto Lopes un cours à des policiers sur le thème de cette collaboration. Ce dernier a évoqué l’existence de 2 vitesses dans  ces corps de métier, «celle de l’immédiat, pour la police, qui éteint le feu, et celle des travailleurs sociaux, plus axée sur la durée.»

«Les animateurs ne sont pas des auxiliaires de la police»

Une bonne concertation permet aussi d’éviter le tout juridique. «Dans certains cas, une procédure pénale peut être pire que le mal ou la situation préexistante. Il y a aussi un principe de subsidiarité. Une gifle dans un préau ne nécessite pas forcément une plainte et lorsque des questions se posent autour d’un fumeur de joint ou d’un petit vol, nous en parlons ensemble ; les travailleurs sociaux peuvent travailler sur ces phénomènes», résume Pierre-Alain Dard. Le patron de la BMin rappelle qu’en aucun cas, «les animateurs ne sont des auxiliaires de la police, même si légalement, ils peuvent parfois être amenés à témoigner.»

De fait, les travailleurs sociaux sont susceptibles d’appeler directement la BMin, y compris de nuit, où la brigade fait ses tournées jusqu’à une heure du matin, même pour un simple conseil. La FASe dispose elle-même d’une Permanence incidents au service des collaborateurs, gérée par un travailleur social, Sébastien Gendre. «Ne rien faire dans une situation avec un jeune, simplement parce qu’on est réticent à appeler la police, peut être risqué et piéger le travailleur social», dit-il.

Changer les représentations

Cette journée de formation a montré l’intérêt de battre en brèche les représentations. «Il est arrivé que nous soyons traités de flics pas finis ou de baltringues, a raconté David Crotti, TSHM à Versoix, mais au final, quand un jeune a commis un délit, il n’hésite pas à  venir nous voir, et nous allons ensemble voir les agents de police municipale (avec qui il n’existe pas de protocole à ce stade : ndlr) sans que la grosse machine judiciaire se mette en route.»

Dans ces cas, a raconté Patrick Briffaz, chef de poste de la police municipale de la même commune, un travail de réparation peut être entrepris avec le jeune.  «Il existe une cohérence entre la loi et le travail social, c’est l’action de protéger et d’accompagner», conclut le responsable des situations complexes de la FASe.